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En 1978 : Amoco Cadiz, 300 kilomètres de côtes souillées, 20.000 oiseaux contaminés par le pétrole. En 1999 : Erika, 400 kilomètres de côtes souillées. De 100.000 à 300.000 oiseaux touchés par le fioul.
La dernière marée noire d'avant l'an 2000 est efficace. Elle démontre que les multinationales savent faire des économies. Elle prouve l'inefficacité complète, en matière de prévention et de lutte contre la pollution, des autorités. Tout comme lors de l'Amoco Cadiz, ce sont les rateaux et les pelles des bénévoles qui tentent d'effacer les traces de la mondialisation et de l'incompétence des plages de l'Atlantique.
Total n'a rien compris
Avec dédain ou inconscience, notre multinationale " vous ne viendrez plus chez nous par hasard " à tout d'abord nié sa faute, se bornant à un aspect juridique et non moral. Puis pendant dix jours elle s'est enfoncée dans un mutisme bougon. Elle est accusée d'avoir joué avec l'environnement des côtes pour économiser 30 % du tarif de transport de 30.000 tonnes de fioul lourd. En louant un pétrolier poubelle, TotalFina n'a donc pas pris ses responsabilités.
Le comble du ridicule a été atteint le 29 décembre. Ce jour là, le PDG de TotalFina, magnanime, a fait don d'une journée de son salaire personnel à une association écologiste méritoire… Cela a fait beaucoup rire les bénévoles sur les plages. Un humour très noir.
Menace de boycott aidant, TotalFina inquiet de l'évolution de son titre en bourse à concédé à Lionel Jospin et à l'opinion publique quelques 40 petits millions de francs en urgence et l'engagement de financer le pompage des 20.000 tonnes probablement encore contenues dans les deux morceaux de l'épave.
Pour le reste, la FIPOL, organisme d'indemnisation des compagnies pétrolières, offre un peu plus d'un milliard pour dédommager la dépollution et les nuisances. Une somme qui sera versée tardivement et qui devrait se montrer insuffisante.
En matière de catastrophe, la France continue à nier les évidences…
Le nuage radioactif de Tchernobyl s'était arrêté à la frontière. A propos de l'Erika, même scénario, ou presque. Pendant une semaine, le préfet maritime, le ministre des transports prétendent que la marée noire ne touchera pas terre. Voynet part en tournée à la Réunion, prolongeant son séjour par quelques jours de vacances… Puis, malgré l'évidence du désastre, elle s'enfonce encore plus en maintenant qu'il ne s'agit pas vraiment d'une catastrophe.
On peut affirmer aujourd'hui que les leçons de l'Amoco Cadiz n'ont servi à rien. Le plan Polmar brille par son inefficacité. Les dépolluants chimiques destinés à dissoudre les nappes se sont révélés inopérants. Les barrages flottants ont été balayés par les tempêtes. Les aspirateurs montés sur les navires de dépollution se sont englués lamentablement au lieu de pomper le pétrole. Le CEDRE, organisme créé après l'Amoco, a tout d'abord prévu que le fioul coulerait au fond, qu'il ne se gorgerait pas d'eau, puis qu'il se transformerait en boulettes inoffensives… Le pétrole n'a pas coulé, il s'est imprégné d'eau, il n'y a pas eu de boulettes inoffensives mais de belles nappes bien gluantes. Zéro sur toute la ligne.
La palme de l'erreur revient à Météo France. Des cartes mises à jour d'heure en heure. Un point d'impact prévu avec précision dans la nuit du 25 au 26 décembre sur l'île d'Yeu… Avec au final l'arrivée d'une marée noire avec 24 heures d'avance, 200 kilomètres au Nord, près de l'archipel des Glénans. Météo France n'a pas tenu compte des courants, n'a pas imaginé qu'une partie de la nappe flottait entre deux eaux alors que des pêcheurs avaient témoigné avoir remonté des casiers à crabes noirs de fioul par 60 mètres de fond.
Une erreur de plus qui a eu pour résultat de concentrer la logistique et les moyens d'intervention exactement là où on n'avait pas besoin d'eux.
Les derniers jours de l'année 1999 ont vu des hommes et des femmes, bénévoles, habitants des zones côtières, lutter seuls, abandonnés par les autorités, à mains nues, contre une marée noire pour laquelle nos gouvernants s'étaient préparés depuis 20 ans en dépensant les milliards de la collectivité.
Dans les années 50, aucun auteur de science fiction n'aurait osé imaginer une telle réalité pour l'an 2000.
Une nouvelle réglementation illusoire
Puisque les marées noires ne peuvent être combattues, encore faut-il se donner les moyens de les éviter à l'avenir. La France qui va prendre la présidence de l'Union Européenne dans les prochaines semaines a promis d'agir. A n'en pas douter, Lionel Jospin proposera des contrôles accrus et l'interdiction pour les navires poubelles de séjourner dans les ports européens.
Une mesure insuffisante. Tout d'abord parce que l'Omi (Organisation Maritime Internationale) est contrôlée par les armateurs dont l'intérêt est contraire à ces mesures. D'autre part, des spécialistes affirment déjà que cette nouvelle réglementation causerait un grave préjudice à l'économie européenne. Enfin parce qu'interdire aux navires suspects d'aborder les ports européens ne les empêchent pas de longer les côtes, à plus forte raison dans les eaux internationales.
Le rail d'Ouessant par exemple, là où l'Erika a été victime d'avaries avant de se briser en deux, est emprunté par 600 navires chaque jour. Or au moins 100 d'entre eux, selon l'aveu du préfet maritime de Brest, ne correspondent pas aux règles de sécurité.
L'interdiction des pavillons de complaisance, la promulgation de nouvelles règles de sécurité qui ne puissent être modifiées par le lobbying des armateurs, passeront obligatoirement par une refonte complète de l'Omi et par un accord au niveau mondial. Seule, l'Europe ne peut rien.
Si 12.000 tonnes de fioul s'échouent actuellement sur les plages de l'Atlantique, il en reste encore deux fois plus dans les cuves de l'Erika. La menace qui pèse par 120 mètres de fond sera l'enjeu d'une nouvelle course contre la montre. Il faudra six mois environ pour parvenir à pomper le fioul. A moins que de nouvelles fuites ne rendent cette opération inutile et provoquent une nouvelle vague de marée noire.
Si l'Erika avait été conçu en respectant les normes de sécurité en vigueur, ces cuves auraient été doublées et tout danger immédiat aurait été évité. Décidément, les petites économies des multinationales coûtent très cher à la planète.
Si le record du monde toutes catégories appartient à l'Atlantic Empress, qui a craché 476.000 tonnes de brut, dont 280.000 tonnes dans la mer des Caraïbes en 1979, la marée noire la plus ancienne date 18 mars 1967. Elle touche la France et l'Angleterre.
Sur le plan de l'environnement, les plus médiatiques et les plus catastrophiques sont celles de l'Exxon Valdez, en 1989, et le tristement célèbre Amoco Cadiz, en 1978.
Il existe sur le net une liste assez complète des accidents mondiaux. Mais c'est en France, et plus précisément à la pointe de la Bretagne que l'on trouve une des plus grandes concentrations de marées noires.
- 18 mars 1967 : le pétrolier libérien Torrey Canyon, un monstre de 123.000 tonnes, se brise sur des récifs entre la Cornouaille et les îles Scilly. La côte de granit rose des Côtes-du-Nord est souillée par 30.000 tonnes de pétrole. Les dégâts entraînés par la pollution sont estimés à plusieurs milliards de centimes.
- 24 janvier 1976, déjà au large d'Ouessant : le pétrolier libérien Olympic Bravery de 250.000 tonnes s'échoue sur la côte nord de l'île. Brisé en deux, sa cargaison se déverse dans la mer et pollue 2 km de côtes. Il faudra trois mois pour les nettoyer.
- 14 octobre 1976 : le plan Polmar est déclenché pour nettoyer l'île de Sein, à quelques kilomètres au sud de Ouessant. La veille, le pétrolier est-allemand Boehlen, transportant 10.000 tonnes de pétrole s'est échoué à la pointe de la Bretagne.
- 16 mars 1978 : le pétrolier liberien Amoco Cadiz (230.000 tonnes de pétrole) s'échoue sur les rochers de Portsall (Finistère nord). Le 30 mars, la totalité du chargement se vide dans la mer. Les fortes marées du mois de mars entraînent la pollution de plus de 200 km de côtes.
- 28 avril 1979 : le naufrage du pétrolier libérien Gino provoque une marée noire de 750 tonnes au large d'Ouessant.
- 7 mars 1980 : le pétrolier malgache Tanio fait naufrage à 50 km au nord de l'île de Batz, et déverse sur le littoral des Côtes-du-Nord environ 7.000 tonnes de sa cargaison.
- 31 mars 1988 : l'Amazzone, un pétrolier italien, perd 3.000 tonnes au large d'Ouessant.
En Méditerranée, deux marées noires touchent les côtes françaises.
- 14 avril 1991 : le pétrolier Haven de Chypre perd 133.000 tonnes de pétrole au large de Gènes. Une petite partie de la marée noire, qui atteint la Côte d'Azur, est disloquée par les fortes pluies et la tempête.
- 18 août 1993 : le sous-marin nucléaire d'attaque "Rubis" heurte en remontant à la surface un pétrolier, le "Lyria". Les dégâts sont légers mais le tanker perd 2.800 tonnes d'hydrocarbures provoquant une pollution à 120 km au large de Fos-sur-Mer.
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